BALADES PARISIENNES | La butte-aux-Cailles

Depuis que j'étudie sur Paris même, je me rends compte à quel point je connais mal cette ville (tout en habitant à côté depuis que je suis petite). Autant je sais me repérer dans certains quartiers sans problème, autant d'autres me sont totalement inconnus et j'ai vraiment envie de les découvrir. Du coup je profite d'être plus souvent sur Paris pour mettre cette envie à l'oeuvre. Le premier jeudi de soleil en mars (ui ça fait un peu longtemps), on a décidé avec des amies d'aller se balader à la Butte-aux-Cailles et à la cité florale qui sont à deux pas de la fac. Ce sont des quartiers absolument trop mignons qui ressemblent à une oasis au milieu du décor un peu hostile du 13e. D'un coup, on a l'impression de ne plus être à Paris et c'est assez agréable. Si jamais vous passez par là, n'hésitez pas à y faire un tour avant d'aller manger un bo-bun. Je vous laisse donc avec ces photos ensoleillées en espérant vous balader !















13 reasons why, une série importante

A LIRE ATTENTIVEMENT ➝ Je vais peut-être spoiler un peu dans cet article même si j'essayerai de rester la plus vague possible. Toutefois, si la série joue évidemment sur le suspens pour maintenir son auditoire, je ne pense pas que le sensationnel soit essentiel pour apprécier ce qu'elle apporte, au contraire.
➝ Cette série contient beaucoup de trigger warning importants que je vais énoncer ici. Si vous êtes sensibles à l'un d'eux, faites attention à vous. Ils sont généralement signalés en début d'épisodes dans le but d'avertir le spectateur, je vous invite à vous y référer. Il existe aussi des post tumblr qui recensent les passages sensibles.  TW : tentative de suicide, scarification, suicide, dépression, harcèlement sexuel, harcèlement scolaire, viol.




13 reasons why est le dernier bébé série de Netflix, adapté d'un livre éponyme de Jay Asher. J'ai lu ce livre il y a très longtemps, plusieurs fois et j'avoue que mes souvenirs en sont très flous. Très très flous. J'avais juste le sentiment d'un livre important qui m'était resté, ce qui a déclenché mon enthousiasme quand j'ai su qu'il était adapté. Il n'en reste pas moins que j'ai découvert la série vierge de toute attente - il faudra quand même que je relise le livre cet été pour voir les écarts, ce qu'ils ont rajouté et enlevé et comment l'un et l'autre se complètent. Mais il se trouve que de mon point de vue de non lectrice, je trouve que la série est un pari réussi.

Pour ceux qui seraient passés à côté du bruit énorme qu'a fait la sortie de la série, en voici le résumé. Clay, lycéen, reçoit un jour treize cassettes enregistrées par Hannah Baker, une camarade qui a mis fin à ces jours quelques semaines plus tôt. Sur ces cassettes, chaque face met en porte-à-faux une personne qui a blessé Hannah d'une manière ou d'une autre et l'a poussée dans ses derniers retranchements. La règle est simple : prendre connaissance de ces cassettes, apprendre ce que l'on a fait (parfois sans même en avoir conscience), et la passer au suivant. On suit donc Clay pendant treize épisodes, un pour chaque cassette enregistrée.

Si j'ai envie de vous parler aujourd'hui de 13 reasons why, ce n'est pas tellement pour la qualité de la série. Celle-ci est très bien réalisée ça ne fait aucun doute. Les acteurs ont parfaitement capté l'essence de leurs personnages. Cela permet de s'attacher à eux comme de comprendre les nuances d'écriture, parce que la série tend à éviter le manichéisme (tout en gardant l'essence du message principal sur lequel je reviendrai). On a envie d'aider Hannah, de soutenir Clay dans ces écoutes difficiles, d'être là pour Jessica - et aussi de botter les fesses à bien d'autres que je ne citerai pas ici pour éviter le spoiler :))). De plus, la série sait jouer du suspens, à la fois à l'échelle globale de la série et dans les épisodes même. Parfois, on ne découvre pas le sujet de la cassette avant un petit moment tout en ayant entraperçu des images rapides en début d'épisode, titillant ainsi notre imagination. De la même façon, l'évolution des personnages est assez intéressante. Je reprocherai peut-être la fin un peu rapide. Certes, je comprends l'idée de terminer lorsque l'histoire d'Hannah s'achève, puisqu'après tout c'est son histoire qu'on écoute en premier lieu. Le problème est qu'on a un afflux d'informations sur les autres personnages à la fin et ça peut être frustrant. Mais c'est un choix et en soi ça ne gâche pas le bilan. Petit bonus et pas des moindres : on salue la représentation et le fait qu'enfin une série intègre des POC et différentes orientations sexuelles sans en faire un sujet central pour autant (et sans en tuer aucun woh !!).

Ce qui fait la force réelle de 13 reasons why c'est le nombre de messages que la série prend à bras le corps et dissémine dans les différents épisodes. Certains sont réduits à une phrase, font très messages subliminaux, mais sont tout aussi importants. En effet, notre société est structurée par le langage, par les représentations et ce que l'on voit dans les médias conditionne nettement notre mode de pensée. Alors, faire évoluer certains messages qu'on entend d'habitude est essentiel pour l'évolution de la société. En outre, 13 reasons why s'attaque à des problématiques très fortes et les traite de manière assez remarquable et inhabituelle, permettant une nouvelle sensibilisation.

En premier lieu, la série aborde la question du harcèlement scolaire et montre comment celui-ci peut être désastreux. Jusqu'à ces dernières années, il n'y avait aucune sensibilisation à ce propos : rien dans les journaux, rien dans les écoles. Si cela commence à apparaître, les mêmes discours reviennent souvent. On dit aux harcelés que ça va passer, que les harceleurs sont des personnes bêtes ou jalouses comme si ça excusait leurs actes, qu'ils ne sont qu'un passage dans la vie et qu'on en aura vite fini. Ce discours je l'ai entendu de nombreuses fois et il est encore dans la bouche de ceux qui oublient qu'il faut une véritable sensibilisation à ce propos dans les écoles. Ce n'est pas à la victime de se taire, de faire avec, et des actions plus larges devraient être prises à l'échelle de la direction de l'école. La sensibilisation fait partie de ces actions à entreprendre et c'est le parti que prend la série. 13 reasons why présente un cas de personne harcelée. Elle montre que le harcèlement peut prendre de multiples formes, y compris diffuses, silencieuses, éphémères. Les gens minimisent voire ne réalisent pas les conséquences de leurs actes. La série décide de montrer comment la moindre chose peut avoir son importance, en suivant le principe de l'effet papillon. Les moqueries, les rumeurs, les actes abusifs, décider que la personne exagère, tourner le dos à cette dernière... Tout peut peser sur la balance et faire basculer la vie de la personne harcelée. Certes, le suicide n'est pas constamment une solution envisagée par les personnes harcelées et cela ne doit pas délégitimer d'autres types de vécu. Mais il s'agit de montrer un type d'impact sur une vie et la série ne peut pas tout recouvrir. La conclusion est nette : il est primordial d'écouter les victimes et plus largement d'obtenir une action et sensibilisation sur le harcèlement.

Un autre aspect important est le sexisme dans le harcèlement. Bien sûr, le harcèlement scolaire n'est pas exclusivement féminin (loin de là, ce n'est pas mon propos). Toutefois, il revêt des formes différentes et spécifiques pour les filles. La série insiste sur des manifestations quotidiennes du sexisme. Par exemple, un garçon humilie une fille parce qu'il n'obtient pas ce qu'il veut sexuellement et qu'il a l'impression qu'elle lui doit quelque chose. Or, ce schéma de la redevance féminine est un schéma que l'on retrouve régulièrement dans les agressions (verbales ou physiques) de femmes. Il y a également de nombreux exemples de slut-shaming, avatars de la culpabilisation faite aux femmes vis-à-vis de leur sexualité. La série dépeint une réputation de "fille facile", insistant sur les jugements ("ce n'est pas convenable") comme sur les actions que cela engendre. D'une part, on insiste sur la responsabilité masculine dans le processus. Les garçons sont généralement les premiers à répandre ces bruits, à les renchérir et surtout à en profiter, menant à des actes illégaux comme le harcèlement sexuel ou le viol. D'autre part, on observe les répercutions de ces rumeurs sur les relations entre filles. On voit par exemple comment sont entretenus des clichés, tels que la jalousie féminine ou l'absence de solidarité entre femmes. Finalement, les filles en viennent à déconsidérer les autres en s'accusant tour à tour de faire une compétition déloyale pour l'amour d'un garçon, de multiplier les coups bas (spécialité des femmes fourbes n'est-ce pas), d'être des attention whore, d'être jalouses... Cela montre assez bien la manière dont elles sont entraînées dans les structures misogynes dont elles sont en fait victimes. Cet ensemble de conséquences montre à quel point le harcèlement enduré par Hannah participe d'un système sexiste. Ce système construit des attentes spécifiques auxquelles devraient apparemment répondre les femmes, alors même que ces attentes n'ont aucun fondement. 13 reasons why met en accusation ces attentes, souvent invisibilisées, du système patriarcal et en montre certaines répercutions.

Enfin, 13 reasons why revient sur la culture du viol et comment celle-ci se manifeste. La série montre clairement qu'il faut recentrer la culpabilité sur le violeur lorsqu'on juge les affaires de viol et insiste sur le fait que la victime n'est JAMAIS coupable, peu importe ses habits, son état, qu'elle n'ait pas crié, dit non ou résisté. Avec la culture du viol, si la victime ne remplit pas certaines conditions, alors "ce n'était pas vraiment un viol, elle le voulait". Il s'agit finalement d'une réduction de la définition du viol à un type d'agression très précis, ne correspondant pas à la réalité des statistiques. La série insiste sur cette culture, notamment avec le personnage de M. Porter ou à travers les réactions des lycéens. Elle montre ainsi qu'on a tendance à accuser la victime plutôt que de porter la faute sur le violeur. C'est d'autant plus soutenu que le violeur ne se sent pas coupable et qu'on tente à plusieurs reprises de minimiser ou de démentir ce qu'il a fait. On a donc d'un côté la victime qui est accusée de ne pas avoir réagi et de l'autre côté, des excuses données au violeur : "lui as-tu fait du charme ?" ; "il m'a aidé avec mes problèmes familiaux, alors je ne voulais pas gâcher sa vie en le mettant devant ce qu'il a fait". Autant de phénomènes qui définissent la culture du viol et que la série tente de démonter en redésignant les réels coupables.

En conclusion, 13 reasons why est une série que je vous recommande pour la sensibilisation qu'elle permet sur de nombreux sujets - en espérant que vous y soyez plus perméables qu'un certain nombre de personnes sur l'internet qui n'ont pas compris le message ! Soyez prudents en la regardant, conscients de votre propre sensibilité parce qu'elle peut très vite bouleverser et être difficile à regarder. Bref, prenez soin de vous en premier lieu. En espérant avoir suscité des envies, je vous souhaite un bon visionnage !

Burn-out et guérison


La première fois que j'ai constaté que j'avais pris confiance en moi, c'est à la fin de l'hypokhâgne J'essayais alors de me convaincre que mon mal être n'était que passager et que j'avais déjà confiance, que ce n'était qu'une question de temps avant de la retrouver. Mes progrès cette année-là avaient été réels : je m'étais ouverte aux gens, à moi-même, j'étais plus à l'aise dans mon corps et avec mon reflet, j'étais épanouie scolairement, quand bien même c'était difficile. J'avais réellement l'impression d'avoir fait un grand pas. Alors forcément, mon état n'était pas justifié et j'allais m'en remettre. J'allais redémarrer.

Je n'ai pas redémarré. Ce n'était pas une question de confiance en soi. C'était le début d'un burn-out et du vide qui l'accompagne. Le début d'un épuisement constant, d'une remise en question perpétuelle, d'un doute, de l'inaction, de l'impossibilité de me lever le matin sans avoir l'impression de traîner un boulet, de l'incapacité de profiter pleinement d'un moment joyeux, de la fatigue extrême après le relationnel. D'un coup, je me retrouvée vide. D'un coup, j'avais disparu dans un écran de fumée. Je ne savais plus ce que j'aimais, ni pourquoi je faisais ce que je faisais, je ne savais plus ce dont j'étais capable ou ce que je voulais. Je n'étais rien qu'une série d'automatismes appris en hypokhâgne, une série d'instincts de survie qui expliquent que mon année n'ait pas été complètement foutue. Souvent les gens ne comprennent pas, au vu de mes résultats, que j'ai un aussi grand sentiment d'échec sur mon année de khâgne. Le fait est que je n'ai pas l'impression d'avoir passé le concours. J'étais enclenchée en mode automatique. Et je l'ai fait parce que je devais le faire. Mais je n'étais plus moi. Pendant près d'un an, j'ai eu l'impression d'être un fantôme. 

Et le vide, c'est bizarre, mais il ne part pas forcément. J'ai l'impression de m'être perdue pendant cette année. De ne plus savoir pourquoi j'existe, ce que je dois faire de ma vie, ce qui m'anime. J'ai encore des moments de détresse énorme où je me demande réellement où je vais, ce que je fais et même qui je suis. Je dis à tout le monde que ça va mieux depuis que j'ai fait le choix de quitter la prépa. C'est vrai. Je n'ai plus cette impression constante d'être triste et fatiguée, je savoure pleinement mes moments heureux et je suis heureuse de mon orientation, malgré les doutes. Mais j'ai quitté la prépa à toute vitesse. Dès que j'ai su que je n'y retournerai pas, j'ai tourné la page et je lui ai résolument tourné le dos en faisant comme s'il ne s'était rien passé. Je répète à tous ceux que je rencontre que j'ai tout oublié, que je n'y pense plus. Et c'est vrai. Mais j'ai juste cherché à refermer la plaie le plus vite possible. J'ai juste cherché à faire comme si rien n'avait existé, comme s'il suffisait que je n'y pense plus pour guérir. J'ai voulu tourner le dos à ce que le burn-out a laissé : cette Camille toute branlante, sans énergie, incapable de faire quoi que ce soit, de créer et d'être heureuse. J'ai voulu laisser cette faiblesse derrière moi, à tout prix.

Mais ça ne marche pas comme ça. La plaie n'est absolument pas cicatrisée, le vide que je ressentais n'est pas parti. En faisant comme si tout allait bien, j'oublie juste que je ne suis pas complètement guérie et que ma confiance, elle, s'est bien effondrée. Le burn-out est peut-être fini, je ne ressens peut-être plus ce vide et cet épuisement. Mais la trace qu'il a laissé est bien là. Ce vide fantomatique qui me fait même douter de qui je suis est bien là. Aujourd'hui encore.

J'ai besoin de temps. J'ai besoin d'indulgence. J'ai besoin de me réconcilier avec moi-même. J'ai besoin de ne plus tourner le dos à ce qu'il s'est passé, mais de l'affronter, d'accepter que c'est arrivé et que ce n'est pas une faiblesse. C'est juste ce qu'il s'est passé. Et même si ça prend du temps, je peux remplir doucement ce vide. Me retrouver. A mon rythme. En me remettant en mode automatique si j'en ai besoin, comme ces derniers temps. Mais je vais y arriver. J'espère.